Sécheresse Oculaire

Généralités

Eye Cells

Surface oculaire

OCULAR SURFACE

La surface oculaire est composée de :

  • le bord libre des paupières
  • la conjonctive : Membrane muqueuse transparente. Elle tapisse l'intérieur des paupières ainsi que la sclère.
  • la cornée
  • les glandes lacrymales :
    • Glande lacrymale principale (paupière supérieure)
    • Glandes de meibomius (paupières supérieure et inférieure)
  • le film lacrymal

Les paupières ont une fonction de protection pour éviter les blessures et une fonction de maintien du film lacrymal pour sécréter, distribuer et drainer.

Le clignement a plusieurs fonctions essentielles :

  • Garantit une répartition uniforme du film lacrymal sur la cornée
  • Protège contre les corps étrangers, élimine les corps irritants
  • Fréquence normale de clignement : une fois toutes les 3 à 6 secondes

Film Lacrymal

Le film lacrymal est composé de 3 couches qui ont un rôle essential pour la cornée :

  • Couche mucinique : elle est composée de mucines qui sont des glycoprotéines formant un gel. Les mucines sont sécrétées par les cellules à mucus (gobelet) qui se trouvent dans la conjonctive. Les mucines sont hydrophiles et permettent de fixer fermement le film lacrymal sur la cornée et la conjonctive.
  • Couche aqueuse : couche la plus épaisse du film lacrymal (90%), elle est composée de 98% d’eau, de nutriments (glucose) et de protéines. Elle est produite par la glande lacrymale principale et les glandes lacrymales accessoires. Elle a plusieurs fonctions : protéger la surface oculaire, hydrater la cornée (apporte de l’eau), oxygèner et nourrir la cornée.
  • Couche lipidique : c’est la couche d’huile qui est composée de triglycérides, cholestérol, cires. Elle est sécrétée par les glandes de meibomius. Elle a plusieurs fonctions : prévenir l'évaporation de la couche aqueuse, maintenir les larmes en place et faciliter le clignement.

Les larmes sont sécrétées par les glandes situées à l'intérieur des paupières et de la conjonctive (1 à 2 ml / min). Elles s’étalent par l'action des clignements des paupières formant ainsi le film lacrymal (1 clignement toutes les 3 à 6 secondes). Le film lacrymal est éliminé par évaporation et par voies lacrymale.

Définition

La sécheresse oculaire est une pathologie multifactorielle qui résulte d’une atteinte du film lacrymal

  • Soit d’une production insuffisante de larmes (déficience aqueuse),
  • Soit d’un excès d’évaporation des larmes (forme évaporative).

Les causes :

La sécheresse oculaire est multifactorielle et les causes sont nombreuses :

  • Âge : Glandes lacrymales s'atrophient d’où moins de larmes. Aggravé par les changements hormonaux (ex : ménopause).
  • Environnement : Pollution, air sec ou climatisation, fumée de cigarette, travail sur écran, vent, haute altitude
  • Prise de médicaments : Antidépresseurs, analgésiques, somnifères, antihistaminiques, anti-acnéiques, anti-diarrhéiques, traitements hormonaux
  • Prise de substances toxiques : Tabac et cannabis
  • Chirurgie Lasik ou cataracte, glaucome
  • Maladies avec inflammation des paupières (blépharite) : Rosacée, dermatite séborrhéique, psoriasis, allergies oculaires chroniques.
  • Maladies générales : Maladies auto-immunes : syndrome de Gougerot-Sjögren, la polyarthrite rhumatoïde, VIH, hépatite ...
  • Certaines ethnies sont plus touchées : Hispaniques et Asiatiques

Physiopathologie :

La sécheresse oculaire peut provenir de différents troubles :

  • Troubles du film lacrymal (couche lipidique, couche aqueuse, couche mucinique)
  • Troubles de la surface cornéenne
  • Troubles des mécanismes des clignements (clignements incomplets ou nombre de clignements insuffisant). Le trouble des mécanismes des clignements entraine une mauvaise vidange des glandes de Meibomius (l’obstruction voir l’atrophie de ces glandes).
  • Troubles des paupières

Epidémiologie :

  • La sécheresse oculaire touche plus de 300 millions de personnes dans le monde (25% aux USA, 24% en France) (1)
  • Les études révèlent que la prévalence est plus élevée chez certaines populations :
    • Les personnes âgées
    • Les femmes
    • Certains groupes ethniques : prévalence plus élevée chez les hispaniques et asiatiques par rapport à la population caucasienne
    • La prévalence est en augmentation en raison de :
      • notre environnement et style de vie moderne (pollution, climatisation, travail sur écran...)
      • l’amélioration du diagnostic grâce à une meilleure compréhension de la physiopathologie

 

  1. Rapport SFO 2015

Présentation Clinique

Déficience aqueuse

La sécheresse oculaire de forme déficience aqueuse est une production insuffisante de larmes. C’est une déficience de la couche d’eau (aqueuse) qui représente 90% de nos larmes. Cette couche est sécrétée par la glande lacrymale principale.

Forme évaporative

La sécheresse oculaire de forme évaporative (3/4 des cas) est un excès d'évaporation des larmes. C’est une déficience de la couche d’huile (lipidique) qui protège contre l’évaporation de la larme. Cette couche est sécrétée par les glandes de Meibomius.

Symptômes

Les symptômes sont nombreux :

  • Picotements, démengeaisons
  • Sensations de brûlure, de sable ou de corps étranger dans les yeux
  • Photosensibilité et sensibilité au vent et à la fumée de cigarette
  • Difficulté à ouvrir les yeux le matin avec une sensation de paupières collées
  • Absence de larmes dans des situations censées les déclencher (émotions, épluchage d’oignons…)
  • Difficulté à porter des lentilles
  • Sensation que l’acuité visuelle est réduite

Mais la sécheresse oculaire peut être asymptomatique.

DryEye

Diagnostic

World Cells

Les solutions actuelles pour diagnostiquer la sécheresse oculaire sont nombreuses :

  • Antécédents du patient
  • Examen physique
  • Questionnaire SPEED ou OSDI
  • Tests ophtalmologiques : ces tests sont nombreux. Voici une liste non exhaustive des tests ophtalmologiques existants :
    • Test de Schirmer : pour mesurer la sécrétion lacrymale à l’aide d’une bandelette de papier buvard graduée de 5 en 5 millimètres placée sous la paupière inférieure pendant 5 minutes, en évitant tout contact cornéen. La longueur de papier humidifiée par la larme permet de quantifier la sécrétion lacrymale - Œil normale > 15 mm / Œil sec < 15 mm (hyposécrétion)
    • BUT (Break Up Time) : Temps de rupture du film lacrymal pour évaluer la stabilité du film lacrymal sur la cornée. Après instillation d'une goutte de fluorescéine, on demande au patient de ne pas cligner des yeux afin de mesurer le temps écoulé avant la rupture du film lacrymal - Œil normal > 15 secondes / Œil sec < 15 secondes
    • Coloration oculaire : les colorants permettent d’évaluer le degré d’altération cornéenne et évaluer la qualité du film lacrymal.  Ces colorants permettent de distinguer une cellule normale d'une cellule endommagée ou morte. Le colorant se fixe sur les cellules abimées de l’épithélium. Plus la coloration est importante, plus le syndrome sec est important. Les colorants existants : fluorescéine, vert de lissamine, rose bengale
    • Cytologie de l’empreinte conjonctivale permet d’évaluer l'intégrité de la surface conjonctivale en recueillant un échantillon de cellules épithéliales au moyen d'un minuscule filtre. L'analyse de la morphologie cellulaire et le nombre de cellules muqueuses révèlent des lésions.

De nouveaux tests d’imagerie indolores émergent permettant de compléter l’arsenal des outils de diagnostic de la sécheresse oculaire :

  • Interférométrie : est un examen pour évaluer l’épaisseur de la couche lipidique entre chaque clignement. La visibilité de la couleur et de la structure de la couche lipidique (franges colorées comme une tache d’huile) permet d’évaluer la qualité et l’épaisseur de la couche lipidique. Cet examen est très utile pour diagnostiquer un dysfonctionnement des glandes de Meibomius.
  • Mesure de la hauteur du ménisque lacrymal : évaluation de la quantité de liquide lacrymal (le long du bord de la paupière inférieure). L’absence de ménisque lacrymal est un signe de sècheresse oculaire. La hauteur normale du ménisque lacrymal est de 0,5 mm entre la paupière inférieure et la conjonctive bulbaire.
  • NIBUT (Non Invasive Break Up Time) : Temps de rupture du film lacrymal non invasif : est un examen pour évaluer la stabilité du film lacrymal sur la cornée. A partir de clignements, on évalue le temps que va mettre le film pour se rompre à partir d’une grille projetée sur la cornée - NIBUT normal entre 10 et 15 secondes / Œil sec < 10 /15 secondes
  • Meibographie : système infrarouge sans contact pour obtenir de manière simple et rapide une image globale de la morphologie des glandes de Meibomius. La meibographie permet l’évaluation de la diminution et de l’obstruction des glandes de Meibomius.

De nouveaux tests biologiques émergent permettant de compléter l’arsenal des outils de diagnostic de la sécheresse oculaire :

  • Osmolarité lacrymale : permet d’évaluer la salinité des larmes. L’hyperosmolarité lacrymale est un indicateur de sécheresse oculaire et cet examen aide à l’évaluation quantitative de la gravité de la sècheresse oculaire, surtout pour les cas précoces et asymptomatiques - Œil sec modéré à grave : > 312 mOsmoles/litre
  • Test MMP-9 : permet la quantification lacrymale des MMP-9 (enzyme produite par les cellules épithéliales). Ce test est un indicateur d’inflammation de la surface oculaire. Ces enzymes sont plus nombreuses s’il y a une inflammation de la surface oculaire - Œil sec : taux de MMP-9 > 40 ng/ml

Traitement

Eye Cells
  • Hygiène palpébrale
  • Substituts lacrymaux (gouttes, gel)
  • Gouttes oculaires lubrifiantes
  • Lentilles sclérales

Goutte

 

  • Chauffage des paupières (ex : masques et lunettes chauffantes)
  • Massage palpébral mécanique

Ces solutions thérapeutiques ont un effet sur le dysfonctionnement des glandes de Meibomius (déficience de la couche lipidique). Ces solutions permettent de liquéfier le meibum, de drainer les glandes de Meibomius et d’éviter qu’elles se bouchent et s’atrophient.

  • Mécanisme d’action : un système IPL est un générateur de lumière pulsée polychromatique qui émet un train de pulses de lumière stimulant les glandes lacrymales et accélérant le métabolisme de ces dernières.
  • Séances : le praticien applique au patient des coques oculaires de protection et applique 4 à 5 tirs de lumière sous chaque paupière (sous la paupière inférieure jusqu’au canthus externe). Le traitement est rapide et indolore et s’effectue en 3 à 4 séances espacées entre 2 semaines à 1 mois.
  • Effets cliniques : le traitement par système IPL améliore la qualité du film lacrymal et les symptômes ressentis par le patient sont nettement améliorés. Des effets cliniques annexes sont également observés : analgésique, anti-inflammatoire (blépharite, conjonctivite), antimicrobien (bactéries et infection Démodex), stimulation et régénération tissulaire.
  • Mécanisme d’action : un système IPL est un générateur de lumière pulsée polychromatique qui émet un train de pulses de lumière stimulant les glandes lacrymales et accélérant le métabolisme de ces dernières.
  • Séances : le praticien applique au patient des coques oculaires de protection et applique 4 à 5 tirs de lumière sous chaque paupière (sous la paupière inférieure jusqu’au canthus externe). Le traitement est rapide et indolore et s’effectue en 3 à 4 séances espacées entre 2 semaines à 1 mois.
  • Effets cliniques : le traitement par système IPL améliore la qualité du film lacrymal et les symptômes ressentis par le patient sont nettement améliorés. Des effets cliniques annexes sont également observés : analgésique, anti-inflammatoire (blépharite, conjonctivite), antimicrobien (bactéries et infection Démodex), stimulation et régénération tissulaire.

Références

Cells
  1. TFOS DEWS II 2017
  2. RAPPORT SFO 2015
  3. Comment diagnostiquer et suivre une sécheresse oculaire? A. Rousseau, M. Labetoulle Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, Université Paris-Sud, LE KREMLIN-BICÊTRE. Réalités Ophtalmologiques, Juin 2012
  4. Yeux secs – Diagnostic - Quoi de neuf ? Docteur Jean-Pierre Lagacé, optométriste, M.Sc. OPTOMETRISTE, Juin 2016
  5. Exploration de la sécheresse oculaire - G. Vandermeer, PJ Pisella, CHRU Bretonneau, Tours. Réalités Ophtalmologiques, Janvier 2017
  6. Diagnostic et traitement de la sécheresse oculaire: de nouveaux outils pour la pratique quotidienne - A. ROUSSEAU, M. LABETOULLE, Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, LE KREMLIN-BICÊTRE. Réalités Ophtalmologiques, Mai 2017
  7. Dysfonctionnement meibomien : du diagnostic au traitement - G. CASSE, Clinique PASTEUR, Atrium Vision, Atrium LASER, TOULOUSE. Réalités Ophtalmologiques, Décembre 2017
  8. Sécheresse oculaire et chirurgie de la cataracte - A. ROUSSEAU, M. LABETOULLE, Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, LE KREMLIN-BICÊTRE. Réflexions Ophtalmologiques, Février 2018
  9. Prospective Trial of Intense Pulsed Light for the Treatment of Meibomian Gland Dysfunction - Jennifer P. Craig, Yen-Heng Chen, and Philip R. K. Turnbull. The Association for Research in Vision and Ophthalmology, Inc. www.iovs.org, 2015
  10. Evaluation of the Safety and Effectiveness of Intense Pulsed Light in the Treatment of Meibomian Gland Dysfunction - Xiaodan Jiang, Huibin Lv, Hang Song, Mingzhou Zhang, Yan Liu, Xiaodan Hu, Xuemin Li, and Wei Wang. Hindawi Publishing Corporation. Journal of Ophthalmology, 2016
  11. Intense Pulsed Light for Dry Eye Disease - Rolando Toyos, MD. Glaucoma Today, Juillet 2016
  12. Analysis of Cytokine Levels in Tears and Clinical Correlations After Intense Pulsed Light Treating Meibomian Gland Dysfunction - Ruixing Liu, Bei Rong, Ping Tu, Yun Tang, Wenjing Song, Rolando Toyos, Melissa Toyos, and Xiaoming Yan. American journal of ophthalmology
  1. TFOS DEWS II 2017
  2. RAPPORT SFO 2015
  3. Comment diagnostiquer et suivre une sécheresse oculaire? A. Rousseau, M. Labetoulle Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, Université Paris-Sud, LE KREMLIN-BICÊTRE. Réalités Ophtalmologiques, Juin 2012
  4. Yeux secs – Diagnostic - Quoi de neuf ? Docteur Jean-Pierre Lagacé, optométriste, M.Sc. OPTOMETRISTE, Juin 2016
  5. Exploration de la sécheresse oculaire - G. Vandermeer, PJ Pisella, CHRU Bretonneau, Tours. Réalités Ophtalmologiques, Janvier 2017
  6. Diagnostic et traitement de la sécheresse oculaire: de nouveaux outils pour la pratique quotidienne - A. ROUSSEAU, M. LABETOULLE, Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, LE KREMLIN-BICÊTRE. Réalités Ophtalmologiques, Mai 2017
  7. Dysfonctionnement meibomien : du diagnostic au traitement - G. CASSE, Clinique PASTEUR, Atrium Vision, Atrium LASER, TOULOUSE. Réalités Ophtalmologiques, Décembre 2017
  8. Sécheresse oculaire et chirurgie de la cataracte - A. ROUSSEAU, M. LABETOULLE, Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, LE KREMLIN-BICÊTRE. Réflexions Ophtalmologiques, Février 2018
  9. Prospective Trial of Intense Pulsed Light for the Treatment of Meibomian Gland Dysfunction - Jennifer P. Craig, Yen-Heng Chen, and Philip R. K. Turnbull. The Association for Research in Vision and Ophthalmology, Inc. www.iovs.org, 2015
  10. Evaluation of the Safety and Effectiveness of Intense Pulsed Light in the Treatment of Meibomian Gland Dysfunction - Xiaodan Jiang, Huibin Lv, Hang Song, Mingzhou Zhang, Yan Liu, Xiaodan Hu, Xuemin Li, and Wei Wang. Hindawi Publishing Corporation. Journal of Ophthalmology, 2016
  11. Intense Pulsed Light for Dry Eye Disease - Rolando Toyos, MD. Glaucoma Today, Juillet 2016
  12. Analysis of Cytokine Levels in Tears and Clinical Correlations After Intense Pulsed Light Treating Meibomian Gland Dysfunction - Ruixing Liu, Bei Rong, Ping Tu, Yun Tang, Wenjing Song, Rolando Toyos, Melissa Toyos, and Xiaoming Yan. American journal of ophthalmology
Date de publication (Mois/Jour/Année) : 06/05/2018 - Document ID :